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Les débuts de l’éco-domaine de Vailhauquès : entretien avec Rédouane Saloul.

L’ECO-DOMAINE : UNE DÉMARCHE INTUITIVE AU SERVICE DE LA BEAUTÉ.

Rédouane Saloul, initiateur de l’éco-domaine de Vailhauquès (centre d’écologie globale axé notamment autour de l’écohabitation, de l’agroécologie, de la permaculture et de l’écologie relationnelle et intérieur) revient sur les débuts de son aventure :

« Quand j’avais 25 ans, j’ai commencé un travail personnel qui m’a conduit à rencontrer Guy Corneau, Marshall Rosenberg, Thomas D’Ansembourg. J’étais chef d’entreprise à ce moment là. J’avais une boite qui vendait du matériel de laboratoire de recherche.

Et à 39 ans, je n’en pouvais plus. J’ai décidé d’arrêter. Ça faisait quelques années que ça traînait. J’ai participé pendant 5 ans à des groupes de paroles d’hommes. J’ai rencontré d’autres hommes qui m’ont permit de connaître l’homme que je suis. L’homme qui était là en attente derrière l’homme que j’essayais de construire dans cette société. J’avais ce rôle du chef d’entreprise qui s’y retrouvait à un certain « endroit » en terme « d’Appartenance », « d’Identité sociale » mais qui ne se retrouvait ni en terme « d’Identité personnelle » et ni « d’Appartenance sociale » avec cette « Identité personnelle ». Donc il y avait un endroit qui était en souffrance, en attente.

Et à 39 ans je prends la décision de vendre ma boîte. D’arrêter de jouer ce rôle pour vraiment vivre ma vie. Et « vivre ma vie » à ce moment là, je ne sais pas trop ce que ça veut dire. Je fais de la CNV, je fonde mon groupe de pratique. Une fois la boîte vendue, je me dis que je vais avoir assez d’argent pour décanter et me retrouver. Je passe 3 ans comme ça à prendre le temps de vivre, les petit-dej, mes balades, mes bouquins, les groupes de pratique, l’association de la Communication NonViolente. Je me forme à la sociocratie, à l’holacratie. Je m’intéresse à tous ces processus sans objectif défini, juste pour apprendre découvrir notre monde.

Et à 39 ans je prends la décision de vendre ma boîte. D’arrêter de jouer ce rôle, pour vraiment vivre ma vie.

Et un jour, je me dis « bon, je suis encore jeune » – à ce moment là, j’ai environ 41 ans – « c’est bien sympa de vivre comme ça tranquillement et en même temps, j’aimerais bien faire quelque chose de tout ce qui me reste à vivre encore ». Et je commence à chercher : « que puis-je faire qui puisse contribuer vraiment à ma vie? » C’était précieux de garder ça. Contribuer à ma vie et en même temps, contribuer dans cette société, faire les deux. A partir de là, je commence à chercher, puis me viennent des idées. Certaines au bout d’une heure je me dis « laisse tomber, tu vas retourner dans le même truc, tu vas te perdre ». D’autres au bout d’une semaine, pareil, je me dis « non tu vas retomber dans le même truc, ça collera pas ».

Et un jour, chose étrange, j’entends assez bizarrement une voix qui me dit « redonne à la Terre ce que la vie t’a donné ». Ça ne voulait rien dire à ce moment là pour moi. J’étais étonné d’entendre ça. Et c’est ce qui m’a fait démarrer. « Redonne à la terre, ce que tu as reçu de la vie ». 

Quand j’ai vendu ma boite, j’avais tout vendu. Je mettais tout à zéro. À l’époque, j’avais un potager mais j’ai vendu ma maison. J’ai habité dans une résidence, avec une petite villa et un petit jardin mais impossible de jardiner tellement le sol était pollué par de l’enduis et des déchets. Donc ça, c’était quelque chose qui me manquait.

« Redonne à la terre ce que la vie t’a offert ».

Alors je me suis dit « tiens, j’ai la main verte et ça me plait ». J’étais émerveillé de voir des légumes pousser. C’est quelque chose qui m’émerveille encore. Planter une graine, un plant et ça pousse. Ça pousse et en même  temps ça nourrit, et ça donne d’autres graines et on peut semer à nouveau et c’est illimité. Je découvrais à cet endroit là, l’abondance : tu fais pousser une graine de tomate. Ça donne 10, 15 tomates. Tu prends une tomate et dedans tu as 100 graines, 200 graines. Et tu fais 200 plants de tomates.

Je découvrais l’abondance face à la pénurie que j’avais connue – cette pénurie que quand tu as 1€ et que tu l’amènes à la banque : tu as 2€ en moins. Là, c’était tout l’inverse de ça. Alors je me suis dis que j’avais envie de vivre ça et de me relier à cet « endroit » d’abondance. Je suis né à Millau, j’ai grandit en Lozère donc ça me reliait aussi à mes origines, à la terre. J’ai eu envie de retrouver ça et en même temps, d’être… d’amener quelque chose qui sert dans cette société.

À partir de là, je me dis que je vais faire un potager, mais un potager d’1 hectare. Pour produire, pour participer dans cette société à un endroit qui est important : l’alimentation. Et me voilà parti pour me former à l’agriculture, au maraichage biologique et à chercher une terre pour m’installer. Et un jour, je vais sur mon ordinateur, je me mets en recherche d’une terre : « terre agricole + Montpellier ». Je tombe sur un site autour de Montpellier et je tombe sur cette annonce d’un terrain à vendre dans les terres de Vailhauquès. Et ce très rapidement.

À partir de là, je me dis que je vais faire un potager, mais un potager d’ 1 hectare. Pour produire, pour participer dans cette société à un endroit qui est important : l’alimentation.

Vailhauquès, je ne savais même pas que ça existait – j’habitais à un autre endroit de Montpellier à l’époque. J’ai cherché sur Google Earth où ça se trouvait et j’ai vu que c’était juste à côté. J’ai contacté la personne pour lui demander si je pouvais visiter. Elle m’a envoyé des liens avec des cartes. Et je suis venu régulièrement voir cet endroit, le découvrir, avec ses forces et ses limites. Et j’ai tout de suite été frappé par la beauté du lieu. « Beauté ». C’est un endroit avec des petites collines, avec des arbres, il y a un puech*, il y a une rivière. C’était formidable.  Tout ça à 15 km de Montpellier. J’avais envie de rester dans cette proximité avec la ville pour être dans la proximité des échanges culturels. Je n’avais pas envie de m’isoler, d’aller loin dans les Cévennes. J’avais envie de rester proche, notamment de la mer. Je trouvais simplement que c’était l’endroit idéal.

*Puech : petite hauteur, mont, colline

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Voilà comment l’éco-domaine est né. Avant d’en arriver à acheter cet endroit, j’ai visité plein d’autres endroits. J’avais fait venir un pédologue* qui m’avait dit que la terre n’était pas vraiment agricole, qu’elle n’était pas vraiment adaptée à faire du maraichage. Alors je m’étais résigné à trouver un autre endroit plat, avec de la super bonne terre. Mais pas d’arbre, pas de rivière. Un endroit que je trouvais pas beau. Proche de l’autoroute.

*Pédologue : spécialiste des sols

Donc en terme de beauté, ça ne le faisait pas. Alors je me suis retrouvé partagé entre d’un côté l’efficacité d’un terrain qui produit facilement. Et « Beauté ». Et j’ai préféré « Beauté ». C’était criant pour moi. Ça me demanderait de l’énergie pour arriver à faire pousser des fruits, des légumes à cet endroit là. Mais je savais que « Beauté » était déjà là. Et donc que ça serait l’ingrédient qui me soutiendrait pour mettre toute l’énergie que je donne depuis 2010 – c’est la 8e année qu’on est là.

Donc je me suis retrouvé partagé entre, d’un côté « l’efficacité » d’un terrain qui produit facilement. Et de l’autre « beauté ». Et j’ai préféré « beauté ».

Une aventure extraordinaire qui n’est pas terminée. Merci à la CNV parce qu’avec cette connexion aux besoins et à l’essence de la vie en moi, ça m’a permit de me relier à ce qui était vital pour me lancer là dedans. Et la CNV continue à me servir. Elle continue à me permettre d’aller à la rencontre des difficultés par cette écoute empathique. On est proches de Montpellier donc il y a ce qu’ils appellent une « pression foncière ».

Construire ici, sur un terrain agricole proche de Montpellier, tout de suite ça inquiète. « C’est pourquoi faire ? c’est pour habiter ? »

Donc ce n’était pas simple. Mais la CNV m’a permit d’écouter les besoins derrière les stratégies, derrière les règles, derrière les règlementations, ça m’a permit d’accueillir ces besoins de préservation de terres agricoles : préserver ces terres qui servent à nourrir. La CNV m’a permit de me relier à la beauté de ça. Plutôt que de voir des « freins », des « obstacles » ou des « interdits » pour m’embêter. J’ai pu voir ce qui avait du sens derrière tout ça. Et donc de pouvoir aussi me relier à eux, de partager ça avec le maire et les élus et de chercher à construire avec en prenant soin de ces besoins et tout en prenant soin aussi de mes besoins à moi. Donc faire du « et » plutôt que faire du « ou ». C’est un lieu qui m’apprend beaucoup.

faire du « et » plutôt que faire du « ou ».

Une autre anecdote sur l’apprentissage du lieu : Je travaillais comme un fou dans les champs. Il y avait tout à construire. Avant il n’y avait rien ici. Et un jour je m’arrête,… Ça faisait deux ans que je bossais presque comme un esclave à redonner vie à cette terre. Avant c’était de l’agriculture conventionnelle donc les sols étaient appauvris. Il fallait que je redonne de la vie à cette terre. Ce qui est assez paradoxal parce que c’est la terre qui donne la Vie. Là c’était l’inverse. Et un soir d’été comme ça, harassé par le travail, buriné par la chaleur, sous le soleil. J’en suis venu à me dire « mais pourquoi je fais ça ». J’étais crevé. C’était la fin de la journée – on n’habitait pas encore sur place – et avant de rentrer, je regardais le lieu en me demandant pourquoi je me lançais là-dedans. Et j’entends une voix à nouveau qui me dit « mets toi au service du lieu et le lieu sera à ton service ». C’est assez étonnant comme parole, comme ça.

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« Mets toi au service du lieu et le lieu sera à ton service ». Ça me disait que de me mettre au service du lieu, me permettra d’apprendre quelque chose qui pourra être à mon service. Alors j’ai accepté, j’ai continué. Si c’est ça le chemin, alors je vais me mettre au service. Ça va avoir du sens de faire ça, et je vais apprendre. Et effectivement en me mettant véritablement au service, j’ai beaucoup appris depuis et le lieu m’apporte énormément.

« mets toi au service du lieu et le lieu sera à ton service ».

Aujourd’hui avec ces formations sur place, c’est vraiment « le lieu » qui, par cette écoute empathique, me permet de me développer, de pousser comme je fais pousser des légumes, ça m’aide moi aussi à pousser de la même manière.

Donc voilà l’aventure de l’éco-domaine, ce lieu d’écologie globale. On en est venu à ça aujourd’hui. Une écologie globale. À travers l’écologie personnelle, l’écologie relationnelle, l’écologie alimentaire, l’écologie économique, l’écologie sociale… Et en même temps c’est pas fini. Ça bouge. Il suffit de suivre le flot et d’être à l’écoute de ça. Et se laisser guider. C’est mouvant, parce que c’est vivant. Donc j’apprends à faire avec ça, même si c’est pas tous les jours facile mais c’est tout le temps « apprenant ». Il y a encore beaucoup d’enseignements à voir à percevoir.

Entretien du 21 mai 2017 à l’éco-domaine de Vailhauquès.

L’éco-domaine de Vailhauquès propose aujourdhui des initiations au maraîchage biologique, des chantiers participatifs d’écoconstruction et des formations à l’écologie relationnelle.

ecohabitat-chantier-participatif

Aller plus loin :

L’éco-domainehttps://www.ecodomainevailhauques.com/la-ferme/maraichage-et-arboriculture-biologiques/

La CNVhttp://www.radiocnv.fr/

L’écoute empathiquehttp://www.simplementetremaintenant.com/ecoute-bienveillante-carl-rogers/

La sociocratiehttps://fr.wikipedia.org/wiki/Sociocratie

L’holacratie : http://lentreprise.lexpress.fr/rh-management/management/5-choses-a-savoir-sur-l-holacratie_1675855.html

Approfondir la vision globale de Rédouane Saloul avec Isabelle Desplats :

Source photographique du site internet « Ecodomaine de Vailhauquès« .

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